Pourquoi faire stériliser sa chienne et sa chatte ?
La stérilisation chez la femelle (ovariectomie ou ovario-hystérectomie selon le cas) consiste à retirer les ovaires (et parfois l’utérus), ce qui met fin aux chaleurs et supprime l’influence des hormones reproductrices. En pratique, c’est une intervention de médecine préventive qui vise surtout à réduire le risque de maladies hormonodépendantes et à éviter des urgences chirurgicales qui surviennent plus fréquemment chez les femelles non stérilisées en vieillissant.
Dans cette chronique, nous abordons les raisons principales de stériliser une chienne et une chatte, en mettant l’accent sur : les tumeurs des glandes mammaires, les infections de l’utérus (pyomètre), les problèmes liés aux chaleurs, et certains troubles ovariens. Nous terminons par des repères concrets (signes à surveiller, idées reçues, et discussion sur le moment idéal).
- La stérilisation réduit fortement le risque de tumeurs mammaires (particulièrement chez la chienne; chez la chatte, ces tumeurs sont souvent malignes).
- Elle préviendra le pyomètre (infection de l’utérus), une urgence potentiellement mortelle.
- Elle met fin aux chaleurs et à leurs effets (stress, attirance des mâles, vocalises, comportements).
- Elle diminue la probabilité de certaines maladies des ovaires/utérus et réduit le risque de chirurgies d’urgence plus tard.
1) Tumeurs des glandes mammaires : un enjeu majeur chez la chienne… et très sérieux chez la chatte
Les glandes mammaires sont sensibles aux hormones reproductrices. Plus une femelle subit de cycles hormonaux (chaleurs), plus le tissu mammaire peut être stimulé, ce qui augmente le risque de développer des nodules mammaires avec le temps. C’est pourquoi l’âge au moment de la stérilisation influence la prévention.
Chez la chienne
Les tumeurs mammaires figurent parmi les tumeurs les plus fréquemment rencontrées chez la chienne. Certaines sont bénignes, d’autres malignes, et le pronostic dépend du type, de la taille, de la vitesse de croissance, du nombre de nodules et de la présence ou non de métastases. La prévention la plus efficace demeure la stérilisation effectuée tôt dans la vie, avant l’accumulation de cycles hormonaux.
En clinique, on recommande toujours de palper régulièrement la chaîne mammaire (de l’aisselle à l’aine) à la maison : tout nodule, même petit, mérite une évaluation rapide. Une masse mammaire n’est pas “normale” parce que l’animal vieillit : plus on diagnostique tôt, plus les options de traitement et le pronostic sont favorables.
Chez la chatte
Chez la chatte, les tumeurs mammaires sont globalement moins fréquentes que chez la chienne, mais elles sont souvent plus agressives. C’est une des raisons pour lesquelles la stérilisation est particulièrement importante chez les femelles félines : elle réduit l’exposition hormonale et contribue à la prévention. Là aussi, tout nodule mammaire doit être pris au sérieux.
Si vous remarquez une petite masse au niveau des mamelles, une asymétrie, une rougeur, une douleur à la palpation, une plaie qui ne guérit pas, ou un gonflement des ganglions, consultez rapidement. L’objectif est de confirmer la nature de la masse et d’agir tôt.
2) Infection de l’utérus (pyomètre) : une urgence fréquente chez la chienne non stérilisée
Le pyomètre est une infection de l’utérus qui se développe généralement après une période de chaleurs, lorsque l’utérus a été sous influence hormonale. Avec le temps, l’utérus peut subir des changements (épaississement, sécrétions, environnement favorable aux bactéries). L’infection peut progresser rapidement et provoquer une atteinte généralisée (toxémie, septicémie), parfois mortelle si elle n’est pas traitée à temps.
Pourquoi c’est si dangereux ?
- Parce que l’infection peut évoluer silencieusement au début, surtout si le col de l’utérus est fermé.
- Parce que l’état général peut se dégrader rapidement : déshydratation, fièvre, douleur abdominale, atteinte des reins, etc.
- Parce que le traitement nécessite souvent une chirurgie en urgence chez une patiente parfois déjà instable.
Signes à surveiller (chienne et chatte)
- Abattement, fatigue marquée
- Soif augmentée, urines plus fréquentes
- Diminution d’appétit, vomissements, parfois diarrhée
- Abdomen plus sensible, distension abdominale
- Pertes vulvaires (pas toujours présentes)
- Mauvaise haleine / odeur, fièvre parfois
La meilleure prévention du pyomètre est la stérilisation. En retirant l’utérus (ou en supprimant la stimulation hormonale selon technique), on élimine pratiquement le risque de développer cette maladie.
3) Chaleurs : inconfort, stress, comportements… et risques associés
Les chaleurs ne sont pas seulement un “inconvénient” de calendrier : elles s’accompagnent de changements hormonaux, physiologiques et comportementaux. Chez certaines femelles, ces périodes sont très bien tolérées. Chez d’autres, elles entraînent stress, agitation, modifications de l’appétit, et peuvent compliquer la vie à la maison.
Chienne : chaleurs et gestion au quotidien
- Pertes sanguines (gestion de la propreté, culottes, nettoyage).
- Attirance marquée des mâles : risque d’accouplement non désiré, même sous surveillance.
- Comportements : agitation, recherche d’attention, nervosité (variable selon l’individu).
- Risque de fugue chez certains chiens, ou d’attirer des mâles autour de la maison.
Chatte : chaleurs répétées et épuisantes
La chatte peut entrer en chaleurs de façon très fréquente et répétitive, surtout si elle est exposée à la lumière et si elle n’est pas gestante. Les manifestations peuvent être marquées : vocalises intenses, agitation, roulades, posture d’accouplement, recherche de sortie. Pour certaines familles, c’est un défi quotidien (sommeil perturbé, stress, cohabitation difficile).
La stérilisation met fin aux chaleurs et améliore nettement le confort de la chatte et de son entourage, tout en réduisant les risques d’errance et de gestation non désirée.
4) Fausse gestation (grossesse nerveuse) : fréquente chez la chienne et parfois très problématique
La fausse gestation (aussi appelée grossesse nerveuse) survient lorsque la chienne présente, après ses chaleurs, des signes qui ressemblent à une gestation ou à une lactation, même si elle n’est pas gestante. C’est lié aux variations hormonales normales du cycle (notamment en phase post-œstrus), mais chez certaines chiennes, la réponse est plus marquée et devient source d’inconfort ou de complications.
Signes possibles
- Gonflement des glandes mammaires, parfois lactation
- Comportement maternel : “adopter” un jouet, faire un nid, protéger un objet
- Anxiété, agitation, irritabilité ou au contraire abattement
- Diminution d’appétit ou changements d’appétit
- Gêne mammaire (léchage excessif), inconfort
Pourquoi cela peut devenir un problème ?
- Risque de mammite (inflammation/infection des glandes mammaires), surtout si la lactation est importante
- Douleur et inconfort mammaire
- Comportements difficiles à gérer (protection des “bébés”, stress, agitation)
- Récidives : certaines chiennes font une fausse gestation à chaque cycle
Selon l’intensité des signes, une prise en charge est parfois nécessaire (mesures de confort, recommandations comportementales, et dans certains cas médication). Si les épisodes sont fréquents ou marqués, la stérilisation est une solution durable pour éviter les récidives en supprimant les cycles hormonaux.
5) Maladies des ovaires et de l’utérus : prévention à long terme
En plus des points majeurs (tumeurs mammaires et pyomètre), la stérilisation contribue à prévenir d’autres problèmes reproducteurs : kystes ovariens, troubles hormonaux, certaines tumeurs ovariennes ou utérines, et complications liées aux cycles. Ces conditions sont moins “médiatisées”, mais elles existent et peuvent nécessiter une prise en charge médicale ou chirurgicale.
6) Longévité, prévention… et tranquillité d’esprit
En prévention, l’objectif n’est pas seulement d’éviter une portée : c’est aussi d’éviter une urgence à 2 h du matin, un épisode de maladie grave, ou une chirurgie en état fragile plus tard. Les femelles stérilisées ont, en général, moins de risques de maladies reproductrices et moins de situations d’urgence reliées à l’appareil reproducteur au cours de leur vie.
Questions fréquentes (et réponses simples)
“Doit-elle avoir une portée ou au moins une chaleur avant d’être stérilisée ?”
Non. Il n’est pas nécessaire qu’une femelle ait une portée pour être “en santé”. Le moment idéal dépend plutôt de la taille, de la race,
du mode de vie et de la balance bénéfice/risque (prévention, croissance, orthopédie, comportement).
“La stérilisation fait-elle engraisser ?”
Les besoins énergétiques peuvent diminuer après la stérilisation chez certains animaux. Avec une alimentation ajustée et une routine d’activité,
on contrôle très bien le poids. Notre équipe peut vous guider sur les quantités et les options alimentaires adaptées.
“Quel est le meilleur âge ?”
Il n’existe pas une réponse unique : pour la prévention des maladies hormonales, stériliser plus tôt est souvent avantageux,
mais chez certaines races/tailles, on discute aussi d’orthopédie et de maturité. La meilleure décision est une discussion personnalisée
lors d’un examen.
Conclusion
La stérilisation de la chienne et de la chatte est un geste préventif qui protège contre des maladies fréquentes et parfois graves, réduit les urgences, diminue le stress associé aux chaleurs et contribue à une meilleure qualité de vie.
Chez certaines chiennes, la stérilisation aide aussi à prévenir les épisodes répétés de fausse gestation (grossesse nerveuse), qui peuvent être inconfortables et parfois compliqués (ex. mammite, stress, comportements maternels marqués).
Si vous hésitez sur le moment idéal ou si votre animal présente des particularités (race, antécédents médicaux, comportement), nous sommes là pour vous conseiller.